Le tribun zoulou, plébiscité mardi à la tête du Congrès national africain (ANC) qui a montré la porte à son président sortant, le chef de l'Etat a annulé une conférence de presse prévue à la mi-journée.
L'ANC "estime plus approprié qu'il parle aux médias une fois qu'il se sera adressé au parti" lors d'un discours prévu jeudi devant le congrès réuni à Polokwane (nord-est), a indiqué le porte-parole de la formation, Steyn Speed.
Le poste de président de l'ANC, ultra majoritaire depuis la chute de l'apartheid en 1994, place M. Zuma en pole position pour emporter la présidence du pays lors des élections générales de 2009.
Mais cette ascension peut être brutalement interrompue s'il est inculpé pour corruption et fraude fiscale, au terme d'une longue enquête sur un contrat d'armes avec la filiale sud-africaine du groupe français Thales qui a déjà entraîné la condamnation de son conseiller financier il y a deux ans.
"L'Afrique du Sud ne va certes pas sombrer dans l'anarchie, mais tout indique que l'accession de Zuma à la présidence (du parti) annonce une période d'incertitude politique", relève William Gumede, auteur et spécialiste de l'ANC, dans un commentaire publié mercredi par le quotidien britannique The Guardian.
La Constitution sud-africaine ne prévoit pas d'immunité présidentielle. Une élection ne le mettrait donc pas, même temporairement, à l'abri de poursuites. Dans le même temps, rien dans la loi n'empêche M. Zuma de se présenter s'il est inculpé.
L'intéressé lui-même répète qu'il se retirerait s'il était condamné, mais n'a jamais évoqué son attitude en cas d'inculpation.
Pour ses partisans, "s'il est inculpé, c'est la présomption d'innocence qui prévaudra", a réaffirmé mercredi le président de la Ligue des jeunes de l'ANC, Fikile Mbalula, qui a soutenu M. Zuma pendant toute la campagne.
Les statuts de l'ANC prévoient que le vice-président - le stratège Kgalema Motlanthe depuis mardi - assure l'intérim "si le président était empêché d'exercer pour une raison ou une autre", explique M. Speed. "L'ANC peut décider alors d'élire un nouveau président. Mais rien n'est gravé dans le marbre."
"Si Zuma est inculpé, il peut mettre Motlanthe en avant" pour la présidence de la République, acquiesce l'analyste Steven Friedman, de l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (Idasa). "Mais il peut aussi crier au complot et rester dans la course."
Le nouveau patron de l'ANC, à ce jour resté vague sur ses orientations politiques, va devoir répondre rapidement aux inquiétudes des investisseurs, qui craignent un virage à gauche.
M. Zuma a engrangé les voix des mécontents de la politique libérale de M. Mbeki, qui va devoir se plier à d'éventuelles inflexions décidées par l'ANC pendant les deux années restantes de son mandat à la tête du pays.
Les deux puissants alliés de l'ANC au gouvernement, la confédération syndicale Cosatu et le Parti communiste, ont jeté leur poids derrière lui, exigeant un investissement massif de l'Etat dans la lutte contre la pauvreté et le chômage.
Malgré une croissance ininterrompue, 43% de la population de la première économie d'Afrique reste pauvre treize ans après la fin du régime raciste, et le chômage est estimé à près de 40%.
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Aziz Pahad, ne prévoit toutefois "pas de changements dans la politique de l'ANC". Selon lui "la nouvelle direction doit appliquer les mesures qui ont fait la réussite de l'Afrique du Sud ces dix dernières années".