Dès sa descente de l'appareil, le président a marché plusieurs centaines de mètres sur le tarmac et pris un bain de foule, sous la protection des forces loyalistes mais aussi des anciens rebelles des Forces nouvelles (FN).
Il a été accueilli au stade par Guillaume Soro, le chef des FN, devenu Premier ministre à la faveur de l'accord de paix de Ouagadougou signé en mars sous l'égide du président burkinabè Blaise Compaoré.
En juillet, les deux hommes avaient déjà participé en zone rebelle à une cérémonie marquant la fin de la guerre. Mais depuis la tentative de coup d'Etat des FN en septembre 2002, Laurent Gbagbo n'était jamais revenu à Korhogo, dans la région des Savanes, proche du Mali et du Burkina Faso.
"S'il vient ici aujourd'hui, ça veut dire que le pays est réunifié", estimait Kassoum Coulibaly, chef du canton de Korhogo et député de l'ex-parti unique, le PDCI (opposition).
"Le peuple a souffert. Les gens sont fatigués et veulent la paix", a ajouté le député qui figurait parmi les nombreux élus locaux et membres du gouvernement venus saluer le président pour ce déplacement présenté comme une "visite d'Etat".
Symbole de la réconciliation, le président du parti présidentiel, le Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N'Guessan, côtoyait les chefs de guerre de l'ancienne rébellion.
Pour autant les choses ne seront pas faciles pour Laurent Gbagbo car le clan présidentiel a longtemps stigmatisé les populations, accusées de soutenir la rébellion et en raison de leur proximité avec le Burkina Faso, soupçonné d'avoir "parrainé" les FN.
"Qu'est-ce qu'il vient faire ici alors qu'il a essayé de nous tuer?", s'interrogeait une habitante de Korhogo qui se souvient avec effroi des bombardements de plusieurs villes rebelles en novembre 2004.
Tout aussi grave pour les populations, en majorité musulmanes, le président avait fait coupé l'eau et l'électricité en plein mois de ramadan.
"On ne peut pas enlever cela car ce sont des faits mais il faut enclencher le processus de paix et arriver un jour à pardonner", a estimé le maire de Korhogo, membre du Rassemblement des Républicains (RDR, opposition).
Le président Gbagbo aura trois jours pour convaincre les populations de sa bonne foi. Il pourrait bénéficier de l'annonce, mardi, de la signature avec Guillaume Soro d'un nouvel accord complémentaire à l'accord de Ouagadougou fixant la date des élections législatives et présidentielle au plus tard fin juin 2008.
En début d'après-midi, le chef de l'Etat a quitté Korhogo, traversant la ville en décapotable pour saluer la foule qui s'était massée depuis des heures le long des routes. Il s'est ensuite rendu à Ferkessédougou, ville natale de M. Soro, où il devait tenir un meeting.
Autre symbole fort: Laurent Gbagbo doit aller saluer le frère de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara, président du RDR et bête noire du régime.
Pour de nombreux observateurs, ce geste politique, dans une région considérée comme le fief du RDR, laisse à penser que le président Gbagbo pense déjà à la campagne électorale.