"Il pourrait s'agir d'une attaque combinée du Mouvement de libération du Soudan SLM-Unité d'Abdallah Yahia et d'un groupe qui a récemment fait scission du Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM)", a déclaré une source proche de l'enquête de la Mission africaine (Amis).
Mais cette source, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat, a averti qu'il ne s'agissait pas de conclusions définitives de l'enquête menée par les services de l'Amis depuis Al-Facher, son QG situé dans le nord du Darfour.
Interrogé sur ces soupçons, le porte-parole de l'Amis à Khartoum, Noureddine Mezni, a indiqué qu'il était trop tôt pour désigner de "façon nette" les responsables de l'attaque de samedi et qu'il fallait attendre les conclusions de l'enquête.
Il a toutefois ajouté que "si l'objectif des auteurs de l'attaque est de prouver qu'ils existent et qu'ils veulent réserver par là une place dans les négociations de paix de Tripoli (prévues le 27 octobre), ils ne seront pas autorisés à le faire".
Le SLM-Unité a fait scission du SLM de Minni Minawi, le seul groupe rebelle à avoir signé la paix avec le gouvernement en 2006. Il est dirigé par Abdallah Yahia et a été impliqué le 10 septembre dans des combats avec les forces gouvernementales près de Haskanita, où a eu lieu l'attaque de samedi.
Le groupe avait alors affirmé avoir abattu un hélicoptère de l'armée et avoir fait subir aux forces gouvernementales de lourdes pertes, ce qui avait été démenti par l'état-major à Khartoum.
Le groupe dissident du JEM, l'un des premiers mouvements rebelles formé par Khalil Ibrahim, a fait récemment parler de lui mais peu d'informations sont disponible le concernant sinon qu'il est dirigé par un dénommé Abou Garda et qu'il est commandé sur le terrain par un homme appelé Banda.
L'attaque, la plus meurtrière de l'histoire de l'Amis, présente au Darfour depuis 2004, a également fait neuf blessés et trois disparus selon un dernier bilan.
Elle a été condamnée à travers le monde et plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, ont souligné la nécessité de déployer rapidement la force hybride combinant les moyens de l'Union Africaine et de l'ONU pour maîtriser la sécurité au Darfour, en guerre civile depuis février 2003.
L'attaque a témoigné encore une fois des faiblesses de la force africaine, composée de 7.000 soldats venant de 26 pays et dont ni le mandat, ni les moyens matériels et financiers lui permettent de remplir une mission de maintien de la paix.
La force de l'Amis a été la cible de nombreuses attaques. Elle a perdu au total 17 hommes et a eu de nombreux blessés. Des dizaines de ses véhicules et équipements ont été dérobés.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution fin juillet sur l'envoi d'une force hybride de 26.000 hommes au Darfour pour remplacer les troupes africaines et protéger la population civile.
Début septembre, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a obtenu, lors d'une visite à Khartoum, l'accord formel du gouvernement soudanais à l'envoi de la force hybride et la promesse du président Omar el-Béchir de coopérer à son déploiement, qui ne devrait toutefois pas être achevé avant le milieu de 2008.
Le conflit au Darfour oppose depuis 2003 les forces gouvernementales et leurs alliés, des miliciens arabes appelés Janjawids, aux rebelles de souche africaine.
Il a fait quelque 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés, selon des organisations internationales. Khartoum conteste ce chiffre, parlant de 9.000 morts.