L'analyste américano-britannique d'Amnesty International, le chercheur nigérian et Yaya Dampha, journaliste au quotidien indépendant Foroyaa (privé) "ont été libérés sous caution et doivent se présenter à la police demain (mardi) à 9h00" (locales et GMT), a déclaré à l'AFP Me Lamin Camara.
"Ils ne font l'objet d'aucune inculpation. Ils ont assuré avoir été bien traités", a-t-il ajouté, précisant qu'ils avaient dû s'acquitter d'une caution de 100.000 dalasis (environ 3.120 euros) et remettre leurs passeports aux policiers avant leur libération.
Selon Me Camara, "la police n'a encore fourni aucune explication à leur arrestation, c'est pourquoi ils n'ont pas été inculpés".
Contacté par l'AFP après sa libération, M. Dampha a précisé qu'un responsable de l'ambassade américaine à Banjul avait "contribué à leur libération".
Les trois personnes avaient été arrêtées samedi à Basse (250 km à l'est de Banjul) avant d'être transférées au quartier général de la police à Banjul, avait rapporté lundi matin une source policière sous couvert de l'anonymat.
Selon le journaliste, lui et ses co-détenus ont été arrêtés car la police les "suspectait d'espionnage" après avoir rencontré au commissariat de Basse un responsable de l'opposition, Ousman Jatta, détenu pour des raisons inconnues depuis août 2006, peu avant la présidentielle de septembre.
Un responsable d'Amnesty International Sénégal, qui n'a pas souhaité être nommé, avait confirmé à l'AFP ces arrestations tout en précisant que les deux membres de l'organisation étaient en "mission (...) autorisée par le gouvernement" gambien.
Madi Ceesay, président de la Gambia Press Union (GPU), principal syndicat de la presse gambienne, avait dénoncé ces arrestations lundi après-midi.
"Je suis déçu de la manière dont les journalistes sont traités dans ce pays. Il semble que (les autorités) craignent les journalistes, car ils les empêchent de faire leur travail", a-t-il affirmé, annonçant que son organisation entendait "donner des suites judiciaire à cette affaire".
Plusieurs organisations des droits de l'Homme, parmi lesquelles Amnesty International, dénoncent régulièrement le régime du président gambien Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 1994, comme étant l'un des plus répressifs envers les journalistes dans le monde.
Dans son rapport 2007, Amnesty avait en particulier dénoncé la détention d'"au moins neuf journalistes gambiens et étrangers" dans ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest enclavé dans le Sénégal.
L'organisation s'inquiètait également de la détention illégale dans ce pays de plus de 70 personnes, incarcérés sans procès suite à une tentative présumée de coup d'Etat en mars 2006.
Le doyen de la presse gambienne et correspondant de l'Agence France-Presse (AFP) Deyda Hydara avait été assassiné à Banjul fin 2004 par des inconnus. L'enquête sur sa mort demeure au point mort plus de deux ans et demi après les faits.