Le raïs égyptien a ainsi donné le coup d'envoi du programme nucléaire que le gouvernement avait annoncé à l'automne 2006 vouloir sortir du placard où il était remisé depuis 20 ans.
Qualifiant cette décision de "stratégique", M. Moubarak a annoncé la création dans quelques jours d'un Haut conseil pour l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, en prélude à la construction de plusieurs centrales. Ni le nombre d'usines ni les échéances n'ont été précisés.
Alors que la crise du nucléaire en Iran mobilise la communauté internationale, M. Moubarak a affirmé que le programme égyptien respecterait le traité international de non-prolifération nucléaire (TNP).
M. Moubarak, qui s'exprimait lors de l'inauguration d'une centrale électrique classique près du Caire, a tenu à souligner que ces centrales seraient construites en coopération avec des partenaires internationaux, non cités, et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
C'est l'argument de la sécurité énergétique du pays le plus peuplé du monde arabe, bien moins doté que ceux du Golfe en pétrole, qu'il a invoqué pour justifier le choix du nucléaire.
Cette option, discrètement mise en oeuvre sous Nasser dans les années cinquante, avait été gelée par les autorités égyptiennes après la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986.
Washington n'a signalé aucune objection à la relance de ce programme.
"Je ne sais pas grand-chose à ce propos. De manière générale, nous soutenons les pays qui veulent se doter de l'énergie nucléaire civile", a dit la porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino.
Le bilan énergétique de l'Egypte, un pays à la démographie galopante (76 millions d'habitants), reste défavorable en dépit d'une production croissante de gaz et de pétrole.
Le ministre de l'Electricité, Hassan Younes, avait annoncé l'an dernier que l'Egypte souhaitait construire une centrale nucléaire de 1000 megawatt à Dabaa, à l'ouest d'Alexandrie, sur la côte méditerranéenne. Il avait précisé que son coût atteindrait 1,5 milliard de dollars (1,17 miliard d'euros) et nécessiterait des investissements étrangers.
Le choix de ce lieu, bien davantage que la reprise du nucléaire, avait fait débat en Egypte, l'emplacement pouvant être proche d'un grand projet touristique générateur de devises.
La presse avait aussi indiqué que le gouvernement envisageait de construire au moins trois autres centrales, d'une capacité totale de 1800 Mgw, d'ici 2020.
La dimension politique de la décision de l'Egypte est évidente, au moment où plusieurs pays arabes --Jordanie, Libye, Arabie saoudite ou Emirats arabes unis-- se sont prononcés en faveur d'un programme nucléaire pacifique.
"C'est un droit pour les Arabes", avait martelé M. Moubarak au printemps, à la veille d'un sommet arabe à Ryad.
L'Egypte soutient officiellement l'élimination des armes nucléaires au Moyen-Orient et critique régulièrement Israël sur cette question.
L'Etat hébreu, qui n'a jamais reconnu détenir l'arme nucléaire, possède selon des experts quelque 200 ogives et est le seul Etat du Moyen-Orient à avoir choisi de rester en dehors du TNP. Israël a aussi déclaré en février envisager de construire une centrale électrique nucléaire.
Des experts et des ONG --notamment Greenpeace-- ont mis en garde contre un périlleux effet de domino dans une région instable, au motif de contrer Israël ou l'Iran, et sur fond de concurrence entre l'Arabie saoudite et l'Egypte pour un leadership régional.