"Je crois que les APE proposés par Bruxelles (l'Union européenne) négligent une partie des réalités économiques africaines", a déclaré Jacques Chirac dans un entretien au quotidien pro-gouvernemental Le Soleil publié mardi, à quelques heures de sa visite au Sénégal.
"On ne peut pas laisser menacer les rares industries nationales et réduire les recettes fiscales des Etats. On ne peut pas assister à un déferlement des produits européens en Afrique sans réelle contrepartie, si ce n'est pour quelques filières réduites comme l'exportation de fleurs vers l'Europe", a estimé l'ancien président français.
"Il faudrait repousser le calendrier d'exploitation. Bruxelles doit mettre en place un traitement préférentiel pour les Etats africains, et notamment les pays les moins avancés", a-t-il ajouté.
L'UE propose les APE aux pays ACP, en remplacement de l'actuel régime commercial préférentiel accordé par les Européens à leurs anciennes colonies.
L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a jugé ce régime préférentiel incompatible avec les règles internationales et a fixé au 31 décembre prochain le délai pour son remplacement.
Beaucoup de pays, dont le Sénégal, ainsi que plusieurs organisations se sont déclarés contre ces APE, en dénonçant les effets négatifs prévisibles dans les Etats ACP.
L'ex-président français a par ailleurs qualifié de "chose positive" la présence "de plus en plus importante" de la Chine en Afrique.
"C'est bon pour l'Afrique, qui bénéficie d'investissements nouveaux. C'est bon pour la Chine. C'est bon pour l'Europe que la concurrence stimule", a dit Jacques Chirac, qui a dirigé la France pendant 12 ans, de 1995 à 2007.
M. Chirac était attendu mardi en fin d'après-midi à Dakar, deuxième étape d'une mini-tournée africaine l'ayant déjà conduit à Nouakchott, en Mauritanie, et devant le mener à Bamako, au Mali, dans le cadre du lancement de la future "Fondation Chirac".
Cette fondation "prolongera mon combat pour la paix et le développement. (...) Je milite pour une mondialisation heureuse", a-t-il expliqué.