Les treize prévenus jugés jusqu'à mercredi par le tribunal correctionnel de Paris sont les premiers à être poursuivis en vertu d'une loi du 14 avril 2003, qui a introduit dans le droit pénal français le délit de mercenariat.
Le dossier porte sur un projet présumé de coup d'Etat visant à renverser Laurent Gbagbo au cours de l'été 2003, au profit supposé d'Ibrahim Coulibaly, alias "IB", 44 ans, ancien chef rebelle qui a déjà pris part à des putschs dans son pays.
Tous les prévenus avaient été interpellés en France fin août 2003 à la suite d'informations parvenues à la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage). Libres, seuls dix d'entre eux comparaissent depuis trois semaines à Paris, trois autres dont Coulibaly sont absents.
Le 11 mars, Ibrahim Coulibaly avait déclaré à l'AFP qu'il contestait avoir fomenté un tel projet, précisant qu'il ne se rendrait pas à son procès. Il est visé par un mandat d'arrêt international.
Lundi dans son réquisitoire, la procureure Anne Kostomaroff a décrit les rouages d'un "projet de coup d'Etat stoppé in extremis" par la DST. Il visait, selon l'accusation, à envoyer cinq mercenaires à Abidjan, sous couvert d'une "mission de formation" de personnels de sécurité, avec pour objectif réel d'attaquer à la roquette le convoi présidentiel de Laurent Gbagbo.
En requérant quatre ans ferme et la confirmation du mandat d'arrêt le visant, la procureure a présenté Ibrahim Coulibaly comme "un habitué des coups de force, initiateur et principal bénéficiaire" de l'opération de 2003. Elle a mis en avant des virements d'un total de 135.000 euros opérés par "IB" sur des comptes contrôlés par un ancien policier Paul Leonelli.
Ce retraité est, avec l'avocat Mamadou Diomandé, l'organisateur de l'opération, selon Mme Kostomaroff qui a estimé que "c'est par lui que se met en place le processus de recrutement" de cinq anciens légionnaires. Trois ans ferme ont été requis contre les deux hommes.
La logistique de l'opération, notamment le recrutement des mercenaires présumés, est supposée avoir été confiée à cinq autres personnes, dont deux anciens légionnaires et un ex-instructeur de la Légion. Des peines de deux ans avec sursis à deux ans ferme ont été requises contre eux.
La même peine d'un an d'emprisonnement avec sursis a enfin été demandée contre "le groupe de cinq mercenaires", qui devaient toucher 250.000 F (38.000 euros) chacun pour cette mission mais n'ont rien perçu au final.
La procureure a passé en revue les dépositions de ces anciens de la Légion et les éléments matériels, issus notamment des écoutes téléphoniques, pour démontrer que tous savaient que l'objectif était de tuer Laurent Gbagbo.
Au cours de l'audience, plusieurs prévenus avaient reconnu que la nature exacte de leur mission leur avait été dévoilée lors de plusieurs réunions dans les jours qui ont précédé le départ pour Abidjan, fixé le 23 août 2003.
Cette "petite armée sur le retour, illicite et boîteuse" constituait aux yeux du parquet "une main-d'oeuvre de choix pour cette opération", "prête à tuer par appât du gain".