Mais si aucun accrochage n'a été signalé mardi, les autorités locales du territoire de Rutshuru, à environ 50 km au nord de Goma, ont lancé un cri d'alerte après l'arrivée massive d'enfants ayant fui le recrutement forcé dans les rangs du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkunda.
"Ces enfants (majoritairement hutus) ont fui les écoles primaires et secondaires de Jomba. Ils ont marché jusqu'à Rutshuru (à plus de 15 km au nord-ouest). Ils sont maintenant plus de 150 dans le stade de Rutshuru", a déclaré Paul Ndeze, le Mwami (chef coutumier) de cette zone.
La cité de Jomba et toute la zone s'étendant à l'est, jusqu'aux frontières ougandaise et rwandaise, sont sous le contrôle du CNDP depuis la fin août, début d'affrontements entre l'armée régulière et les troupes insurgées ralliées à l'officier déchu tutsi congolais.
"A l'Institut Busimba et au lycée Virunga (de Jomba), les enfants hutus se sont battus avec les enfants tutsis qui voulaient les entraîner de force à rejoindre le CNDP. Dans les écoles primaires, les insurgés vont eux-mêmes chercher les enfants. Plusieurs écoles ont été encerclées par les gens de Nkunda", a déclaré Jacques, un commerçant de Rutshuru.
"Beaucoup (d'enfants) ont eu peur et ont fui sans prévenir leurs parents, qui les cherchent. Il y a des filles et des garçons, des petits de 8 ans et des plus grands de 17-18 ans", a-t-il ajouté.
Pour un notable de Rutshuru, les violences et les privations dont les populations sont victimes depuis près de deux mois ont cristallisé les tensions ethniques.
"Le tribalisme est entré dans le coeur de tous les habitants. Les victimes (du camp Nkunda) commencent à installer des mécanismes d'autodéfense. Cela va engendrer des situations très graves", a-t-il estimé.
Mardi à Goma, le président Joseph Kabila a reçu successivement les représentants de toutes les communautés ethniques de la région, mais rien n'a filtré de ces entretiens.
La veille, le ministre de la Défense Diemu Chikez avait appelé les dissidents à se désolidariser de Nkunda, qualifié de "criminel", après l'expiration d'un ultimatum pour leur reddition.
En septembre 2005, Kinshasa avait lancé contre Nkunda un mandat d'arrêt pour des "crimes de guerre" commis par ses hommes lors de la brève prise de la ville de Bukavu (Sud-Kivu, est) en juin 2004.
Depuis mars 2007, des hommes de ses rangs sont impliqués dans des massacres de civils dans le Rutshuru, où des fosses communes ont été mises au jour en septembre.
Le président Kabila "est prêt à accorder un délai supplémentaire aux insurgés", mais reste totalement opposé à toute négociation avec Nkunda, qu'il veut voir traduit en justice, a déclaré mardi une source diplomatique.
D'intenses pressions diplomatiques s'exercent pour un règlement global de la crise, où la neutralisation de Nkunda doit s'accompagner de celle des rebelles hutus rwandais basés dans l'est congolais et dont certains ont participé au génocide rwandais de 1994, essentiellement dirigé contre les Tutsis.
La Monuc a plaidé pour un retour rapide dans leur pays de ces rebelles, estimés à 6.000, tout en demandant à "tous les acteurs de la région qu'ils se comportent en bons voisins", en référence notamment au Rwanda, déjà intervenu militairement à deux reprises en RDC depuis 1996.