La société civile qui entreprend des démarches pour renouer le fil du dialogue entre Me Wade et les signataires du boycott, doit déchanter en écoutant hier matin le leader de l'Alliance des forces de progrès sur les ondes de Radio France Internationale (Rfi). Moustapha Niasse a été catégorique sur la question : ‘Nous ne pensons pas que les conditions existent actuellement pour aller vers un dialogue pour recoller les morceaux'. Pour expliquer cette position, l'ancien Premier ministre souligne que ‘le président Wade et son régime s'entêtent dans une fuite en avant. Et nous (le groupe de 15, Ndlr) ne voulons pas servir de faire-valoir, encore moins de caution à une récidive d'une mascarade électorale. C'est ce que nous refusons'.
Rappelant les conditions que les 15 ‘boycotteurs' exigent pour aller aux élections législatives, le patron de l'Afp martèle : ‘Nous proposons des concertations. A ce moment, nous corrigerons les déficiences et les dysfonctionnements constatés et nous demanderons que le processus électoral soit géré de manière consensuelle et que les élections à venir se déroulent dans la clarté, conformément à la loi. Voilà ce que nous lui (Me Wade, Ndlr) avons proposé. Il nous a fait répondre par son ministre de l'Intérieur. Nous lui avons dit que, dans ce cas, nous n'irons pas aux législatives'.
Moustapha Niasse donne raison à leurs militants réticents au boycott, qui craignent une absence de l'opposition dite significative à l'Assemblée nationale. ‘Ils (les militants, Ndlr) le disent avec une bonne foi incontestable', avoue le secrétaire général de l'Afp. Mais, précise-t-il, ‘ce qui est sûr, c'est que, dans les conditions actuelles d'un fichier qui a été manipulé et d'inscriptions frauduleuses qui ont été faites par le pouvoir du président Abdoulaye Wade, si l'opposition significative va à des élections, ces militants auront encore moins de députés qu'ils espéraient en avoir parce que les dés sont déjà pipés'. De toutes manières, Moustapha Niasse avertit que les signataires du boycott n'ont rien à regretter. Parce que, estime-t-il, ‘ il va y avoir 150 députés sur lesquels le président Wade s'octroie 140 députés et va octroyer généreusement 10 députés à toute l'opposition sénégalaise. De quelle représentation l'opposition sénégalaise pourra-t-elle se prévaloir ? Alors, nous ne regrettons pas d'avoir pris cette décision'.
A la question de savoir si le boycott ne cachait pas une certaine volonté d'éviter une ‘râclée' comme lors de la présidentielle, Moustapha Niasse rétorque : ‘ Mais Non ! Ce n'est pas une question de râclée. Si raclée il doit y avoir, il peut y avoir une raclée pré-fabriquée par le système informatique de Wade. Oui ! il nous a préparé une râclée informatique'.
D'ailleurs en fait de résultats à la présidentielle, Niasse clame qu'il ne reconnaît pas son score ni son rang. ‘Je ne peux pas fonder le concept ou l'idée d'un recul me concernant lorsque je conteste - et je ne suis pas le seul à le faire - l'ensemble du processus électoral... Pour moi, il s'agit de résultats affectés, donc je ne peux pas entreprendre une analyse de classement de tel ou tel autre', indique Moustapha Niasse arrivé en quatrième position à la présidentielle avec un score de 5,9 %. Loin derrière Idrissa Seck. A propos de ce dernier, le leader de l'Afp affirme avoir ‘les meilleurs rapports avec Idrissa Seck et on est ensemble dans le front ‘Siggil Sénégal' qui veut organiser la résistance et l'offensive pour que le Sénégal retrouve cette place qu'il a perdue'.