Un responsable de la police a annoncé mardi que, ces trois derniers jours, six personnes avaient été blessées à Waterloo (50 km au sud de Freetown), deux dans la capitale et sept à Koidu (est) dans des violences entre partisans des candidats Ernest Koroma (opposition) et Solomon Berewa (parti au pouvoir), après quatre jours de campagne seulement.
Un couvre-feu nocturne a été décrété lundi soir sur l'ensemble de l'agglomération de Koidu, a indiqué la même source, sous couvert de l'anonymat.
Le président Ahmad Tejan Kabbah, qui ne pouvait se représenter à l'élection après deux mandats, a demandé que "ces actes de provocation cessent immédiatement" et a brandi la menace de l'état d'urgence.
"Le gouvernement n'hésitera pas à déclarer l'état d'urgence si l'actuelle vague d'intimidations, d'agressions et d'actes de violence ne s'arrête pas immédiatement", a-t-il prévenu dans une déclaration diffusée mardi par les médias publics.
"En tant que chef de l'Etat, je ne resterai pas assis passivement pour permettre à des personnes mal intentionnées de faire la loi et de détruire ce que le pays a accompli depuis la fin de la guerre" en 2001, a-t-il insisté.
Aucun décès n'a été enregistré dans ces affrontements qui ont surtout frappé la ville de Koidu.
Dans cette localité, "des militants s'affrontaient à la fronde et à coups de pierres. Aucune arrestation n'a été effectuée car la police était débordée par l'étendue des troubles", a annoncé mardi à la presse le responsable de la police pour la partie est du pays, Santigie Koroma.
"Le couvre-feu est encore en vigueur (...) Les choses se sont calmées aujourd'hui. C'est très, très calme", a-t-il encore expliqué, précisant que personne n'avait violé le couvre-feu dans la nuit de lundi à mardi.
A Freetown et Waterloo, la situation était également calme mardi, selon des témoins qui ont constaté un important déploiement de forces de sécurité dans ces deux villes.
Lundi, la police avait annoncé l'arrestation la veille de quatre personnes à Freetown après que des policiers se furent interposés entre deux groupes de militants prêts à en découdre après une querelle autour d'affiches déchirées.
Après un premier tour couplé à des législatives le 11 août, M. Koroma (Congrès de tout le peuple, APC) et le vice-président sortant Berewa (Parti du peuple de Sierra Leone, SLPP) doivent s'affronter pour un deuxième tour fixé au 8 septembre. La campagne électorale doit prendre fin le 6 septembre au soir.
Pour la première fois depuis la fin de la guerre, les autorités sierra-léonaises ont assuré seules la surveillance des scrutins. Les derniers, en 2002, avaient été organisés sous l'étroite supervision des Casques bleus de l'ONU, qui ont quitté le pays fin 2005.
Malgré quelques incidents au début de la campagne pour le premier tour, les observateurs ont dit être rassurés par le bon déroulement du vote du 11 août, ainsi que par le calme après la publication des résultats.
Certains estiment toutefois qu'il est nécessaire d'attendre la fin du processus électoral pour se prononcer, dans ce pays dont l'image est ternie par une décennie de guerre civile (1991-2001), l'une des plus violentes de l'histoire moderne.