"Le tribunal condamne Moinina Fofana à six ans de prison (...) et Allieu Kondewa à huit ans de prison" pour crimes de guerre, a déclaré le juge Benjamin Itoe, précisant que ces peines, rétroactives, avaient commencé à être purgées à compter de l'arrestation des accusés le 29 mai 2003.
Ces condamnations sont nettement inférieures aux réquisitions du procureur Joseph Kamara, qui avait demandé en septembre une peine de 30 ans ferme à l'encontre des deux hommes, âgés de plus de cinquante ans, reflétant selon lui "la gravité des crimes commis".
Elles diffèrent aussi largement des premiers verdicts du TSSL, qui avait condamné le 19 juillet trois ex-responsables du groupe rebelle du Conseil des forces armées révolutionnaires (CFAR) à des peines de prison allant de 45 à 50 ans pour crimes contre l'humanité.
Tout en n'écartant pas la gravité des crimes commis, le juge Itoe a expliqué que ce verdict avait été rendu "dans l'intérêt de la paix".
"Nous considérons que les crimes commis par les deux accusés sont graves et nous avons espoir que ce jugement enverra à tous un message signalant qu'il est temps pour tous d'enterrer la hache de guerre", a déclaré le juge camerounais, expliquant que "les remords" exprimés par les prévenus "ont été pris en considération".
Les prévenus, dont le procès avait débuté en juin 2004, étaient des membres éminents de la milice progouvernementale des CDF, qui a commis de nombreuses exactions contre les civils, aux côtés des chasseurs traditionnels Kamajor, alors qu'ils combattaient les redoutés rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF).
Un communiqué publié par le tribunal après l'énoncé du verdict a rappelé que les deux hommes avaient "largement contribué au rétablissement de l'ordre dans le pays" dans leur combat contre les rebelles.
Un militant des droits de l'Homme a dénoncé sous le couvert de l'anonymat "une différence entre les sentences prononcées contre les accusés des CFAR et ceux des CDF."
"Un crime est un crime quel qu'en soit l'auteur. La sentence des CDF aurait dû être plus sévère", a-t-il affirmé à l'AFP.
Le 2 août, le TSSL, juridiction soutenue par l'ONU, avait écarté les accusations de crimes contre l'humanité pesant sur les deux hommes, mais les avait déclarés coupables de crimes de guerre.
Le 22 février, un troisième accusé du procès des CDF, l'ancien vice-ministre de la Défense Sam Hinga Norman, est décédé de "mort naturelle" à Dakar. Ce dernier était considéré par beaucoup de Sierra-Léonais comme un véritable héros dans son combat contre les redoutés rebelles du RUF.
Le verdict de ce procès, reporté à deux reprises, intervient au lendemain de la nomination des premiers membres du gouvernement de Ernest Bai Koroma, démocratiquement élu à la présidentielle du 8 septembre et qui aura pour lourde charge de redresser cette ex-colonie britannique ravagée par la guerre.
Trois autres accusés, des leaders de la rébellion du RUF, sont encore en jugement à Freetown devant le TSSL, créé en 2002 pour juger les responsables d'exactions commises au cours de la guerre civile qui a fait 120.000 morts et des milliers de mutilés.
Le plus célèbre accusé du TSSL est l'ancien président libérien Charles Taylor, dont le procès, déplacé pour des raisons de sécurité à La Haye, a été reporté à janvier 2008. Il est le premier ancien chef d'Etat africain jugé pour crimes contre l'humanité par une juridiction internationale.