La semaine dernière, il a renvoyé la vice-ministre de la Santé, Nozizwe Madlala-Routledge, qui a milité pour une approche scientifique de la lutte contre le virus du sida à contre-courant de la ligne officielle.
"Qu'est-ce-que c'est que ce pays où le président peut se lever et renvoyer des gens simplement parce qu'il n'est pas d'accord avec eux sur des questions aussi vitales que le sida !", s'insurge Xolela Mangcu, un analyste politique indépendant.
Mme Madlala-Routledge a notamment dénoncé la faiblesse des programmes de lutte contre la pandémie de VIH-sida en Afrique du Sud où 5,4 millions d'habitants sur 48 millions sont séropositifs.
Son limogeage "témoigne d'une intolérance grandissante envers les attaques et les commentaires critiques surtout dans le secteur de la santé", estime également Jane Duncan, directrice de l'Institut pour la Liberté d'expression.
M. Mbeki écarte les personnalités qui ne sont pas des béni-oui-oui pour faire de la place à celles qui lui sont "loyales", renchérit Dirk Kotze, chercheur en sciences politiques à l'Université d'Afrique du Sud.
Le renvoi de Mme Madlala-Routledge laisse le champ libre à sa ministre de tutelle, Manto Tshabalala-Msimang, une fidèle du président Mbeki qui s'était gagné le sobriquet de Dr Betterave en préconisant de manger des légumes pour lutter contre le VIH.
La vice-ministre de la Santé Nozizwe Madlala-Routledge, le 14 mars 2007 à Johannesburg
© AFP/Archives Gianluigi Guercia
Mais si le renvoi de la ministre rebelle "a permis au président de réaffirmer son autorité sur le gouvernement, ce n'est pas forcément le cas au sein de l'ANC", le Congrès National Africain au pouvoir depuis la chute de l'apartheid en 1994, prévient M. Kotze.
M. Mbeki, également président de l'ANC, fait face à une opposition croissante en interne.
"Il n'accorde pas vraiment d'importance à ce que le reste de l'organisation pense", estime M. Mangcu, en ajoutant que cela génère "beaucoup d'insatisfaction au sein de l'ANC".
Et pour lui, ce nouvel incident "va donner des munitions supplémentaires à ceux qui remettent en cause son leadership", à quatre mois de la désignation du futur président du parti.
L'ANC a donné un timide soutien à son président en publiant un communiqué, dans lequel il évoque les prérogatives constitutionnelles du chef de l'Etat, qui "nomme et démet les membres du gouvernement".
Mais les alliés de l'ANC, le parti communiste sud-africain (SADC) et la puissante confédération syndicale Cosatu, n'ont pas ménagé leurs critiques. Le secrétaire général du SACP, Blade Nzimande, a notamment regretté de ne pas avoir été consulté à ce sujet.
Pour Ibrahim Fakir, analyste au Centre d'Etudes politiques de Johannesburg, c'est l'absence d'explications qui a posé problème. Jeudi, en annonçant le renvoi de Mme Madlala-Routledge, la présidence n'avait donné aucune raison pour expliquer la mesure.
Ce n'est que deux jours plus tard, après avoir essuyé une pluie de critiques, qu'elle a rendu publique la lettre de limogeage, dans laquelle Mbeki reproche à la vice-ministre d'avoir participé à une conférence à l'étranger sans accord formel de la présidence et de ne pas avoir respecté la discipline gouvernementale.
Le président "doit être transparent sur des questions d'intérêt national. Il doit donner plus de considération au public, c'est une question de crédibilité", souligne M. Fakir.
Selon lui, Mbeki "a endommagé la bonne relation de travail existant au sein de l'ANC. Et cela crée des héros qui vont se retourner contre lui".