Selon lui, cela implique une notion de supériorité et ne rend pas justice à l'esprit de groupe de sa communauté. "Cela n'évoque pas d'où nous venons, ce +un pour tous...+", a récemment déclaré à l'AFP M. Xala, gestionnaire de la marque Springbok, nom de l'équipe nationale de rugby sud-africaine.
Un "diamant noir" est un Sud-Africain noir disposant d'un revenu d'au moins 7.000 rands par mois (1.000 dollars, 715 euros), éduqué, qui a un emploi décent, peut prétendre à un crédit bancaire et possède ou acquiert une maison, une voiture ou tout autre bien ménager.
M. Xala correspond à la définition: il possède son appartement et sa voiture, il a quitté son "township", un ghetto noir à la périphérie du Cap, pour s'installer dans une banlieue à majorité blanche.
Célibataire et sans enfant, à 29 ans, il dépense environ un cinquième de son salaire pour venir en aide aux membres plus défavorisés de sa famille, dont certains vivent encore dans un township. Lui, a pu étudier le marketing et le management grâce à une bourse. Aujourd'hui, il admet avoir "pas mal de revenus disponibles" et un mode de vie "avec beaucoup de joie et de distractions".
Mais selon lui, ceux qui s'en sont sortis sont accablés par un fort sentiment de culpabilité, déçus que le combat contre la minorité blanche au pouvoir jusqu'à la fin de l'apartheid en 1994 n'ait pas profité à tous. "On se sent coupable. Ce n'est pas à cause de nous si les autres n'en profitent pas, mais on sait qu'il y a eu un temps où nous étions tous impliqués dans le combat."
Selon un rapport de l'institut Unilever de l'Université du Cap, le nombre de "diamants noirs" a augmenté de 30% en 2006, totalisant 2,6 millions de Sud-Africains, sur une population de 48 millions, et ils représentent 28% du pouvoir d'achat du pays. Plus de la moitié vivent dans des quartiers qui étaient exclusivement blancs il y a 13 ans, et 12.000 familles soit 50.000 personnes quittent les townships chaque mois.
Le responsable de cette étude, John Simpson, estime qu'ils sont le principal facteur de croissance de leur pays. D'autant que depuis 2005, leur pouvoir d'achat a beaucoup augmenté. "Ca prouve qu'ils grimpent rapidement les échelons dans les entreprises. Il ne s'agit pas seulement d'entreprises employant plus de personnes. Ce n'est pas artificiel, c'est réel", dit-il.
La croissance du nombre d'employés noirs dans les entreprises sud-africaines est en grande partie due à une décennie de discrimination positive appliquée par le gouvernement, qui a imposé des quotas aux employeurs. Les "diamants noirs" peuvent être fonctionnaires, employés et "un nombre significatif" d'entre eux chefs d'entreprise, selon M. Simpson. Selon Mzamo Xala, cet enrichissement ne va pas sans une adaptation difficile, puisqu'il implique un mode de vie moins communautaire et plus matérialiste.
"Dans les townships, ça vit. Il y a beaucoup de lien social. Tout le monde se mélange dans la rue. Il y a vraiment une bonne ambiance", raconte-t-il.
"Dans les banlieues (blanches), les choses sont très différentes. C'est plutôt "rentre chez toi, reste chez toi, sors". Rien ne se passe dans la rue. C'est très structuré". C'est peut-être pour cela qu'il se rend souvent au township de Gugulethu le dimanche. "Les gens se rencontrent et se saluent, même s'ils ne se connaissent pas. Ce mode de vie accessible me manque".