Les deux fractions rivales du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) ont voté jeudi un amendement constitutionnel, qu'elles avaient pourtant vertement critiqué lors de sa présentation.
Quatre jours plus tôt, elles avaient rencontré des représentants du pouvoir à Pretoria, dans le cadre d'une médiation lancée en mars par le président sud-africain Thabo Mbeki à la demande de ses homologues d'Afrique australe, souligne Takura Zhangazha, un analyste d'Harare. "Le MDC a été poussé par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à participer à cette médiation", estime-t-il. "Cela pourrait lui coûter cher l'année prochaine".
Eldred Masunungure, professeur de sciences politiques à l'Université du Zimbabwe, pense également que le revirement du MDC est dû aux pressions sud-africaines et que le régime du président Robert Mugabe, 83 ans dont 27 au pouvoir, a pris l'avantage. "L'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir) peut se réjouir, parce qu'elle a coincé le MDC et s'est assurée de son soutien envers la réforme constitutionnelle", assure-t-il.
Le revirement du MDC n'a d'ailleurs pas convaincu les opposants de la société civile, notamment un groupe, "l'Assemblée constitutionnelle nationale" (NCA), qui milite pour une nouvelle Constitution. "Les deux fractions du MDC semblent avoir perdu le contact avec les aspirations des Zimbabwéens ordinaires, qui réclament un processus ouvert et sincère de démocratisation", écrit la NCA dans un communiqué.
"Le prétendu accord sur l'amendement constitutionnel n'est rien d'autre que le résultat d'un jeu de pouvoir. A ce titre, il doit être rejeté", ajoute-t-il. Cet amendement fait coïncider les élections législatives et présidentielle, organise une refonte des circonscriptions et augmente le nombre de parlementaires. Il pourrait favoriser la réélection du président Mugabe, qui compte se représenter pour un septième mandat, parce qu'il augmente la proportion des parlementaires issus des zones rurales, bastions de la Zanu-PF, aux dépens des zones urbaines, où le MDC est mieux implanté.
Le MDC avait déjà perdu beaucoup d'influence en se scindant en deux à la fin 2005, après un désaccord sur la question du boycottage des élections sénatoriales. "Une opposition divisée offre à la Zanu-PF la possibilité d'une victoire électorale facile et diminue sa propre marge de négociation dans le cadre de la médiation de la SADC", selon l'organisation International Crisis Group (ICG). "Il est difficile de voir comment le MDC pourrait regagner une influence sur les événements avant les élections", a ajouté l'ICG dans un rapport publié mardi.
Bill Saidi, l'adjoint au rédacteur en chef du Zimbabwe Independent, perçoit toutefois une note positive dans les derniers développements. "Mugabe a finalement reconnu qu'il ne pouvait pas continuer à envoyer tout le monde en enfer et accepté de dialoguer avec l'opposition", souligne-t-il.
La Zanu-PF "a l'habitude de dire que le MDC est fait de marionnettes et qu'ils ne vont pas négocier avec des marionnettes, mais on a réussi à les ramener à la table des négociations", renchérit le porte-parole de la principale fraction du MDC, Nelson Chamira.
Mais, pour l'analyste Takura Zhangazha, l'opposition est naïve si elle croit pouvoir obtenir quoi que ce soit de ces négociations. "Il n'y a aucune chance que la Zanu-PF accepte de négocier son départ du pouvoir", dit-il.